APRES LA SAINT MARTIN

C'était quelque temps après la Saint-Martin…
J'allais alors à Gahatagat,
sur le plateau… Je m'en allais, comme on s'en va
et qu'on ne sait même plus quel jour on est…
Il y avait longtemps que la neige tombait… Elle recouvrait tout…
Et d'un seul coup le vent souffla si violemment
que je dus baisser le visage
et j'aperçus soudain avec une âme toute petite
que, toujours en avance d'un pas,
j'avais devant moi une trace toute fraîche…

Il n'y avait pas alentour âme qui vive…
Qui donc pouvait ainsi marcher au-devant de moi ?
Oui, c'était bien moi qui marchais devant moi…


VLADIMIR HOLAN